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La page à Nicole
SPCH
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Notre
ville est en faillite ! À moins d’un miracle, il faudra fermer l’hôtel
de ville ! C’était le message décrié sur tous les toits par nos élus municipaux.
Vous pensez peut-être que c’était la faute des autres gouvernements qui
nous refilaient leurs comptes à payer. Pas du tout ! La cause, la loi
limitant le nombre de chiens par résidence.
Le style de vie des hommes change. Les familles, propriétaires de grandes
maisons et possédant plusieurs chiens, déménagent dans des résidences
minuscules. Le grand jardin où j’ai grandi a disparu. Il y a plusieurs
années, sous l’influence des lobbies anti-chien , les nobles magistrats
municipaux ont voté une loi limitant le nombre de chiens par résidence.
Par conséquent, les revenus provenant de la vente des permis canins ont
dramatiquement baissés. Cette situation a plongé la ville dans une crise
financière.
Notre Maire, un bipède assez génial, a découvert la solution pour combler
ce manque à gagner et ce… sans modifier la loi sur le nombre restreint
de canidés par famille. Les unités d’habitation possèdent en moyenne un
canin et nous, les chiens, possédons plusieurs humains. Monsieur le maire
proposa donc qu’au lieu de taxer les humains pour la possession d’un chien,
il valait mieux taxer les chiens pour la possession des humains. Voté
à l’unanimité il y a maintenant 24 mois, cette nouvelle loi a permit de
quadrupler les revenus provenant de la relation humain-canin et ainsi
sauver notre ville de la faillite !
À chaque année, je dois me présenter à l’hôtel de ville, décrire les caractéristiques
de chaque humain en ma possession, prouver que chacun est vacciné et en
bonne santé. Moyennant le paiement de la taxe requise, on me remet un
médaillon à fixer au collier de chaque humain identifié. Il devra le porter
en permanence sous peine de recevoir une contravention. Je dois ensuite
apposer ma patte sur un contrat me rendant responsable de l’entretien
et du comportement de chaque bipède enregistré… quel contrat !
Mes amis canins jappent continuellement. Avoir la responsabilité de plusieurs
humains est très difficile. Déjà, s’occuper d’un humain, c’est compliqué.
D’abords, il faut les nourrir. Ils sont très capricieux. Pas question
de leur servir la même céréale nourrissante deux fois par jour. Ils exigent
des menus variés à chaque repas. Leurs besoins en breuvages sont également
difficiles à combler. L’eau fraîche est loin de satisfaire leur soif.
De plus ils sont frileux. Leur système ne produit pas de pelage hivernal.
Il faut donc les vêtir. C’est une aventure très coûteuse. Un vêtement
différent à chaque sortie. Une garde-robe nouvelle à chaque saison. C’est
loin de l’unique petit manteau tricoté par ma maîtresse et que j’ai porté
coquettement toute la saison froide passée.
Pour en faire des citoyens responsables, il faut les envoyer à l’école.
Les humains ont la fâcheuse habitude d’apprendre lentement. Il fréquente
l’école durant de nombreuses années. Durant ma jeunesse, j’ai suivi des
cours d’entraînement à l’obéissance. J’ai même gradué premier de classe
quelques semaines plus tard.
Mes collègues canins se plaignent aussi des nombreux frais médicaux indispensables
à leurs bipèdes. En plus des frais de vaccination, ils exigent des pilules,
sirops, onguents, vitamines… etc. Selon leur âge, sexe et/ou état d’esprit,
ils ont besoin de dermatologues, géniocologues, psychologues, sexologues…
etc. Le coût des traitements hospitaliers n’est pas complètement couvert
pas les assurances.
Les hommes se tannent vite de jouer à la balle. Plus sophistiqués, ils
demandent des loisirs dit culturels, sociaux, sportifs… etc. La majorité
d’entre eux préfèrent regarder que de participer eux-mêmes. Ceci explique
leur tendance à l’embonpoint. Lorsqu’ils se reproduisent, nous devons
trouver une famille adoptive pour les nouveaux petits bipèdes. Ce n’est
pas toujours facile. Les mères ne consentent pas facilement à laisser
aller leurs petits bébés. Parce qu’ils grandissent lentement ils ont besoin
de leur mère durant plusieurs années.
Certains candidats possèdent un très mauvais caractère. Ils ne sont pas
toujours compatibles avec les autres membres de leur espèce. D’autres
sont reconnus pour détruire leur environnement qui est aussi le nôtre.
Parfois désobéissants, surtout à l’adolescence, il n’est pas toujours
évident de leur trouver un foyer canin adoptif. Enfin, la responsabilité
d’adopter un humain ne convient pas à tous les chiens. Plusieurs canins
sont allergiques aux différents shampooings, désodorisants, parfums, Cologne
ou autres substances irritantes pour nos voies respiratoires sensibles
et délicates.
Enfin, pour toutes ces raisons et pour plusieurs autres, les canins ne
sont pas du tout heureux d’être responsables de plusieurs humains. Plusieurs
d’entre nous doivent se limiter à l’adoption d’un seul bipède. Nous faisons
face à un problème majeur. Que faire alors de tous ces petits bipèdes
qui courent les rues sans famille canine ? Certains canins ont décidé
de fonder la SPCH. Une sorte de SPCA consacré à l’aide aux humains en
difficulté. Cette organisation recueille les humains abandonnés et les
héberge temporairement. Mais voilà, la SPCH est débordée. Il faut trouver
des moyens de contrôler le nombre de bébés humains qui viennent au monde
à toutes les périodes de l’année. Certains acceptent la castration… d’autres
si opposent farouchement.
Nous avons convoqué certains humains doués dans le but de proposer des
suggestions à la SPCH. En quelques minutes, ils ont trouvé la solution.
Ils suggèrent d’euthanasier les humains malades, faibles, âgés ou trop
turbulents… enfin tous ceux qui ont très peu de chance d’être adopté rapidement.
Cette solution nous dégoûte. Jamais les canins n’envisageraient ce genre
de solution. Après tout, même si les humains nous causent quelques petits
problèmes, nous les aimons profondément.
Je me propose plutôt de faire apposer la patte des canins de notre ville
sur une pétition réclamant l’abolition de la loi sur la taxation des chiens,
afin de retourner à l’ancien système. Pour éviter la faillite de notre
cité, nous proposons à Monsieur le Maire d’affronter férocement les lobbies
anti-chiens et permettre aux contribuables responsables d’adopter plusieurs
chiens.
Cette nouvelle approche permettra de réduire certains engorgement à la
SPCA et bien sûr… d’abolir la SPCH.
Réflexions de Phidolt écrites par : Nicole MacDuff
Pour
la revue "Poils
& compagnie" Numéro 19, janvier et février
2000
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